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- CAMEROUN - THEATRE


Jacobin Yarro : Notre marché de produit théâtral s’est appauvri

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Jacobin Yarro : Notre marché de produit théâtral s’est appauvri
17/09/2010 - Lu 2433 fois
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Note moyenne : 1.8/5 (12 notes)

Le metteur en scène met la désaffection du public pour les spectacles sur le compte de la société dans son ensemble.




Comment va le théâtre camerounais aujourd'hui de votre point de vue?
Le théâtre camerounais va du mieux qu’il peut. Avec ses hommes, ses moyens et son public. C’est évident que tout observateur avisé comprendra qu’il n’est pas un enfant chéri ni du grand public, ni des mécènes, encore moins des pouvoirs publics. Il faut pourtant louer le courage et la foi de ces « Sisyphe » contemporains et les imaginer heureux, pourquoi pas ? Car, leur acharnement à faire vivre un art orphelin est davantage une question de passion et de foi, bien plus que des contingences socio-économique et politiques.

Les représentations se font de plus en plus dans des salles pratiquement vides et d'aucuns en viennent à expliquer cela par le manque d'éducation du public. Êtes-vous du même avis?
2/3 Je ne partage que partiellement cet avis. S’il faut déplorer l’absence d’un marketing approprié autour de l’art théâtral comme l’impose la réalité contemporaine, il n’en demeure pas moins vrai que le public a été abusé par un affairisme qui s’est emparé du milieu théâtral et à contribué à sa descente aux enfers. Il ne faut pas perdre de vue que le public, quel qu’il soit, sait choisir ce qui est à son goût. Surtout en ce qui concerne l’offre du produit artistique. La «théâtre business» n’a pas toujours été porté par des spectacles de qualité. Le public s’est senti floué. La plupart des grandes figures de notre théâtre ont abandonné la scène pour la «théâtre business». En effet, sous l’impulsion des partenaires internationaux, le marché local du produit théâtral s’est appauvri au profit du marché international plus porté sur l’événementiel (les festivals notamment) et des spectacles formatés selon des exigences qui n’étaient pas toujours celles du consommateur local : professionnalisation et configuration des troupes, prépondérance du théâtre contemporain sur le théâtre de masse, subventions providentielles etc. La démission des pouvoirs publics n’a pas permis d’entretenir une permanence de la pratique théâtrale au quotidien qui aurait de toute évidence fidélisé le public à la fréquentation du théâtre.

Que faut-il faire selon vous pour renouer avec cette belle époque de notre théâtre qui voyait le public courir les représentations?
Chercher à renouer avec la «belle époque» me semble entretenir un nostalgisme qui ne se prêterait plus aux exigences contemporaines. Certes, des nostalgiques aimeraient toujours venir voir jouer «Trois prétendants…un mari», « Les parasites», «L’homme femme» «Un amour adultère» «Arrêtez Madame Boganto» ou «Politicos» etc. en espérant revivre les sensations qu’ils vécurent un jour devant tel ou tel comédien interprétant tel ou tel personnage.

Mais, que sont devenues les grandes gueules du théâtre ? Dépités, aigris, défroqués, reconvertis ou trépassés.
Un théâtre qui se veut dynamique, émanant de la société et l’accompagnant dans son historicité ne peut se permettre d’en rester là. Le théâtre est une pratique artistique qui a un code et des exigences. Le public viendra toujours au théâtre pour voir de bons comédiens, de «grandes gueules» comme on dit ; pour vivre une belle histoire bien mise en scène. Voilà pour les données fondamentales. Le théâtre restera toujours un art d’avant-garde dans les loisirs, d’où la nécessité de le regarder à travers le prisme des contingences contemporaines. La fréquentation des salles de théâtre est une affaire d’un public avisé.
Nous voulons parler ici du théâtre d’art, et non du théâtre populaire ou théâtre forum. Il nécessite une production littéraire de qualité en amont, du personnel artistique et technique formé : comédiens, metteurs en scène, scénographes, régisseurs etc, ……des espaces pour offrir au public le produit théâtral à apprécier et , last but not least, un marketing, oui, un marketing approprié. Tout cela apparaît comme une chaîne qui ne devra comporter aucun maillon faible ou ventre mou. Je suis de plus en convaincu qu’il existe un public épris et assoiffé de consommer du bon théâtre. Il ne tient qu’à nous, créateurs, mécènes et pouvoirs publics à le produire et à le lui porter.

Propos recueillis par Parfait Tabapsi