Dédicace : Nganang déclame le vandale


Les éditions Clé ont donné à la dédicace un nouveau visage vendredi dernier à Yaoundé.
Parfait Tabapsi (Stagiaire)

.




C'est devant un public de connaisseurs et de curieux que Patrice Nganang a procédé à " la lecture poétique " de son recueil de poèmes le 20 mars dernier. C'était à La librairie des peuples noirs à Tsinga. Une lecture que les amoureux de la poésie ne sont pas prêts d'oublier. Tant elle a transpiré une nouveauté que Marcellin Vounda Etoa et les Editions Clé gagneraient à poursuivre.
En effet, et alors que le public commençait à s'agglutiner autour des étagères de la librairie, celui-ci prit alors la parole pour lancer à la cantonade un discours auquel on n'était pas habitué. " C'est parce que nous sommes habitués ici chez nous à parler des textes que très souvent nous n'avons pas parcouru entièrement ou pas du tout que nous avons pensé à Clé, avec l'appui de l'auteur bien sûr, qu'il serait intéressant qu'il procède, en tant qu'auteur, à la déclamation de ses poèmes afin que chacun puisse se faire une idée de leur profondeur et de leur portée ", a-t-il argué.

Et pour la réussite de l'opération, il a procédé à un rabattement de plus de 50% du prix de vente de l'Apologie du vandale, l'ouvrage vedette du jour.
Après l'introduction d'usage, Patrice Nganang a, comme pour laisser transparaître toute son émotion, délaissé le siège qui l'avait supporté jusque là pour se tenir debout face à ses auditeurs d'un soir. Et alors que beaucoup attendaient qu'il se lance directement dans la déclamation, il les a quelque peu fait languir en faisant savoir que le présent ouvrage est le fruit d'une dizaine d'années d'écriture au Cameroun et à l'étranger. Pour ce qui est de la lecture, il a précisé qu'il n'en était point un novice, lui qui, déjà au milieu des années 80, lisait ses œuvres à Radio Cameroun à travers le programme " Roue libre " de François Bingono ; un exercice qu'il n'a par ailleurs pas arrêté de pratiquer à travers le monde, mais qui demeurait inédit dans " une circonstance pareille " et dans cette ville qui l'a vu naître et grandir.

C'est alors qu'il a attrapé le bouquin pour en entamer de suite la lecture. Parcourant des textes soigneusement choisis, il a donné de sa voix sûre et ferme, n'hésitant pas à relire plusieurs fois des vers ou des strophes entiers, car " le poème est avant tout senti et dit avant d'être couché sur du papier ", a-t-il expliqué. Ce faisant, il a transporté ses auditeurs vers les cimes de son imaginaire qui a su si bien peindre le vandale. Mieux, il a essayé, avec quelque succès, d'instiller au public cette fièvre qui parcourt tout auteur dans la construction d'un chantier littéraire. Surtout quand vint le moment de déclamer le texte relatif aux "ruines d'Etoudi/palais livré aux grandes dents de l'humus/à la loge infinie". Ou encore au moment d'entonner l'ode à ce personnage de notre quotidien qu'il nomme vandale et dont il prend la défense en disant " toujours on nous dit gens/de la palabre/alors que nous sommes/gens du silence…"

Des déclamations qui n'ont au final pas manqué de provoquer des applaudissements. Mêmes les regards embusqués au mur du maître de céans, depuis parti, ont semblé saluer la beauté de l'exercice et du poète qui, en ces mêmes lieux deux jours auparavant, dédicaçait un autre ouvrage. Patrice Nganang pouvait alors reprendre son siège et échanger avec le public sur les ressorts et le style de son écriture. Mais rapidement vint le moment de procéder à la dédicace proprement dite. Une opération qui s'est déroulée dans la bonne humeur. Avant que le public n'en retourne à ses occupations domestiques, repue d'une occasion dont il semble souhaiter la perpétuation. Aux éditions Clé de remettre le couvert à la prochaine occasion.
1606 Views

Comments