Rémy Medou Mvomo, Afrika ba'a*, 3ème et 4ème Technique : Mon beau village…


Le roman sort de l'opposition radicale ville/village pour inscrire les deux modalités en enfilade dans un itinéraire ou l'un et l'autre se suivent, s'interpellent, et se complètent pour construire l'idéal d'homme de demain, nourri des sources rurales et urbaines, des forces de la tradition et de la modernité, de la localité autant que de la globalité.
Par Augustin Charles Mbia**

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De manière simplement schématique, il est envisageable de revisiter Afrika ba'a de Rémy Medou Mvomo sur deux axes perpendiculaires, l'un structural, et l'autre idéologique. D'un point de vue linéaire, le roman se lit sous le registre des récits initiatiques. Kambara, jeune péquenot en mal d'épanouissement, part pour la ville. A la suite de tentatives diverses de s'insérer dans le milieu urbain et au moment même où on peut penser qu'il y parvient, Kambara décide de revenir vers son village où il s'implante et entreprend une réinsertion réussie.
Il y a dans ce cheminement la part de quête, sur fond d'efforts et de sacrifice qui caractérise le récit initiatique. On y voit aussi la part de l'épreuve, de la découverte, de la réalisation de soi dont sont pavées les histoires de formation de la personnalité humaine.
Il convient de noter pour la souligner la place exceptionnelle que prend le site urbain dans l'histoire du jeune Kambara. Au regard de l'itinéraire classique du jeune africain dans la littérature dominante, la ville constitue, au plan géographique, la destination finale, le point culminant vers lequel tendent toutes les destinées, et au plan symbolique, pour les ruraux de tout âge, l'objet de valeur vers lequel tendent toutes les quêtes, qu'elles soient spirituelles ou matérielles. Dans la perspective de Rémy Medou Mvomo, la ville, sans être négativement retournée - puisque le héros y parvient tout de même à l'objet de sa quête - se positionne comme le lieu et le corps de l'épreuve qualifiante d'où se projette l'auteur pour partir vers le lieu de son triomphe, son village.

Le récit s'inscrit dès lors dans un itinéraire cyclique qui en constitue l'autre spécificité. Le caractère circulaire ainsi donné à l'itinéraire ne voudrait pour autant pas signifier la stagnation, le retour à la case départ, l'enfermement vers la mort. Il y a, en même temps que la circularité du parcours, un sentiment d'évolution, de progression tant du récit que du héros qui joint à la rotondité, aspire le héros et le récit vers le haut pour les installer en apesanteur dans le rôle de modèle social qu'est finalement amené à assumer, un peu malgré lui, Kambara dans sa communauté. Le thème de la circularité rejoint alors ici celui de la complétude, de la plénitude qui lui est associé dans la plupart des cosmogonies en Afrique, mais également dans d'autres civilisations plus ou moins anciennes.

D'un point de vue idéologique, la lecture de Afrika ba'a de Rémy Medou Mvomo pose à nouveau, comme l'ont fait tant d'auteurs avant lui, face à face, la ville et le village, la modernité et la tradition. En première intention, on célèbrera alors le triomphe de la ville sur le village. La ville est détrônée de sa position omnipotente dans l'imaginaire africain, ou elle représente non seulement le pole économique de référence, mais aussi le lieu de célébration de la culture moderne occidentale vers laquelle tendent les sociétés et les communautés africaines. Le village se révèle être le lieu de l'accomplissement, de la réalisation des projets et de l'assouvissement des rêves. En seconde intention l'on notera la tentative de l'auteur de sortir de l'opposition radicale ville/village pour inscrire les deux modalités en enfilade dans un itinéraire ou l'un et l'autre se suivent, s'interpellent, et se complètent finalement pour construire peut-être en Kambara l'idéal d'homme de demain, nourri des sources rurales et urbaines, des forces de la tradition et de la modernité, de la localité autant que de la globalité.

Dans une troisième dimension, esthétique celle-là, Afrika ba'a de Rémy Medou Mvomo est donc en ultime ressort une fresque parfois emportée, parfois crue, toujours saisissante de l'environnement africain, une série saccadée de tranches de vies, et une galerie de tableaux de ces paysages caractéristique de cette Afrique des villages aujourd'hui menacée parce qu'à rebours des préoccupations économiques d'exploitation des ressources naturelles, et culturelles d'installation de la modernité dans ses dimensions parfois anti écologiques. Loin de célébrer le site rural comme lieu idéalisé, aseptisé, sacralisé, Afrika ba'a de Rémy Medou Mvomo peint un monde contrasté, fait de tout et aussi proche que possible de la vraie vie : la violence conjugale perpétrée par un époux délirant sur une épouse résignée à la mort, côte à côte avec la fière solidité du vieil Ekoto, exemplaire de vertu autant que d'hygiène dans sa vie physique.

*Yaoundé, Editions CLE, 2007 (réédition)
** ESSTIC, U.Y.II
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