Um Nyobe


Toutes proportions gardées, Johannesburg est à l'Afrique du Sud ce que New-York est aux Etats-Unis.
Par Junior Binyam

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Notamment en termes de prestige, de poids économique, avec cette touche de gigantisme considérée comme un aboutissement en terme d'urbanisation, mais qui est surtout une manifestation aux yeux du visiteur de la toute puissance d'une ville, d'un pays. Avec bien sûr, dans un cas comme dans l'autre, le revers de la médaille qui pend au cou de toutes les mégalopoles, notamment en ce qui concerne les disparités sociales dont l'un des corollaires est l'insécurité et un taux de criminalité parmi les plus élevés au monde.

New-York et Johannesburg, deux villes parmi les plus visitées au monde ne serait-ce que parce qu'elles se sont imposées, bien qu'il y ait d'autres aéroports internationaux aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, comme les portes d'entrée et de sortie de ces deux pays. Le premier contact du visiteur avec ces pays se fait donc à travers ces aéroports dont les noms de baptême vous suggèrent une incursion dans l'histoire de ces pays et ne serait-ce qu'une appropriation de la trajectoire de certains des fils qui en ont écrit les plus belles pages, parfois en lettres de sang.
A Johannesburg, l'aéroport international s'appelle Oliver Reginald Tambo, du nom du mythique président de l'African National Congress (Anc), compagnon de lutte de Nelson Mandela et Walter Sisulu, combattants de la libération de la majorité noire en Afrique du Sud, victime d'une politique ségrégationniste, l'Apartheid, instaurée en 1948. Oliver Tambo est décédé le 24 avril 1993 et n'a pas eu l'opportunité de voir l'aboutissement du combat d'une vie marquée par l'élection de Nelson Mandela comme premier président noir de l'Afrique du Sud le 27 avril 1994 et sa prestation de serment le 10 mai de la même année.
A New-York, l'aéroport a été baptisé du nom de John Fitzgerald Kennedy dont les initiales, JFK, sont désormais comme une marque déposée.

JFK est le 35e président des Etats-Unis. Elu à 43 ans à la tête de la nation la plus puissante du monde, il entre en fonction le 20 janvier 1961 et reste dans l'histoire le plus jeune à avoir accédé à cette fonction mais également le plus jeune à être mort en poste suite à son assassinat le 22 novembre 1963 à Dallas, dans des conditions qui n'ont jamais véritablement été élucidées, contribuant ainsi certainement à perpétuer sa légende au-delà des âges.
Demain, 13 septembre 2008, cela fera 50 ans que Ruben Um Nyobe, secrétaire général de l'Union des populations du Cameroun (Upc), a été tué dans le maquis en pays bassa par des forces aux ordres de la France, pays qui avait alors la charge de la tutelle d'une partie du territoire camerounais. Le crime de Um Nyobe et de milliers d'autres Camerounais ? Avoir pris les armes pour se libérer du joug de la colonisation française de fait que subissait alors le Cameroun. Le programme de l'Upc se déclinait en un triptyque : Indépendance immédiate, Réunification du Cameroun et amélioration des conditions de vie des Camerounais.

Pour être allé jusqu'au sacrifice suprême pour un Cameroun libre, Ruben Um Nyobe et compagnie ont été frappés d'ostracisme pendant près de 35 ans et tous ceux qui leur étaient apparentés étaient obligés de se terrer pour ne pas faire les frais de la machine répressive que pilote toujours en sous main la France au Cameroun. La décrispation intervenue en 1991 avec la réhabilitation de Um Nyobe et d'autres, dans un contexte social particulièrement tendu, n'a pas été suivie de ces effets qui contribueraient à remettre bien à l'endroit au sein de la mémoire collective l'action de Ruben Um Nyobe qui est loin d'être la figure emblématique d'un clan, d'une tribu ou d'un parti politique. Mais une icône pour tout le Cameroun comme le sont Oliver Tambo en Afrique du Sud et John F. Kennedy aux Etats-Unis.

Paul Biya que certains exégètes de ses paroles, faits et gestes disent vouloir prendre date avec l'histoire a là une occasion en or de rentrer de manière plus indélébile dans l'histoire en baptisant par exemple l'aéroport international de Yaoundé-Nsimalen du nom de Ruben Um Nyobe et en consacrant le 13 septembre comme journée du souvenir pour tous ceux-là qui, comme Um Nyobè, ont donné leur vie pour un idéal.
Le cinquantenaire de la mort du leader nationaliste offre un beau prétexte pour que soit enfin enclenché le processus de réconciliation des Camerounais avec eux-mêmes et leur histoire, en exigeant de l'Etat français la déclassification de quantités de documents vidéo, audio et écrits qui permettront de tirer un trait sur cette partie sombre et l'histoire du Cameroun, et se donner la main pour l'émergence d'une puissance africaine dont le potentiel humain et économique reste sous exploité ou/et mal exploité.

L'exemple sud-africain nous montre que cette réconciliation est un préalable et une construction permanente qu'il faut accepter et mettre en œuvre sans arrière-pensées. Hier encore, 27 rues de Pretoria, la capitale de la nation arc-en-ciel, ont été répertoriées et devront changer de noms dans les jours à venir. Il a été suggéré que ces rues là soient baptisées des noms de personnes ayant pris part à la lutte de libération. Certaines de ces rues portaient jusqu'ici les noms de chantre de la politique d'Apartheid.
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