Entretien avec... Guy Wouété, artiste peintre


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 Entretien avec... Guy Wouété, artiste peintre
“ Je sors satisfait du Dak’art 2006 ”

Guy Wouété seul représentant officiel du Cameroun à Dak’art 2006, s’est livré à nous.

Guy Wouété, vous revenez de Dakar où vous avez assisté à la 7ème édition de la biennale des arts contemporains, baptisé Dak’art. Quels souvenirs en gardez vous ?
C’est ma première participation à Dak’art et j’en sors plutôt très comblé. Les résultats ont été au-dessus de mes attentes. Parce que, déjà la sélection était tout un évènement pour moi. Le Cameroun tout entier a présenté 15 dossiers pour l’exposition internationale, et dans la sélection pour la biennale, un seul Camerounais a été retenu. Et c’était moi. Déjà pour cela, c’était une très grande surprise. Là, j’en sors avec deux prix. J’ai eu le 5ème prix de la biennale de Dak’art et je suis parmi les 5 nominés pour le prix de la Fondation Jean-Paul Blachère. Jean-Paul Blachère est un Français, collectionneur d’art contemporain africain.

Qu’avez-vous présenté comme œuvre à cette rencontre artistique et quels sont les thèmes traités ?
J’ai été sélectionné sur la base de deux vidéos que j’ai réalisées. La première intitulée Miroir, se joue sur une seule scène. C’est une scène de la quotidienneté où l’on retrouve un groupe de personnes en train de laver du linge, de chercher de l’eau dans un point commun de ravitaillement en eau dans un petit village de l’Ouest du Cameroun. C’est une vidéo que j’ai réalisée en 2005. La seconde titrée, Cendres qui se joue en deux scènes, a été réalisée dans la même période. La première scène représente une fillette qui joue au “ pousse-pion ”, tandis que la seconde montre trois enfants qui reviennent du champ, des régimes de bananes sur la tête. Dans cette vidéo, j’interroge l’enfance africaine qui s’avère trop difficile et qui pose énormément de problèmes à la fin, que ce soit sur le plan politique ou social. Quand un enfant naît au Cameroun, la situation économique et matérielle de plusieurs familles fait que celui-ci soit directement confronté à la vie. Chose qui le pousse à grandir sans une réelle éducation et un réel suivi. A l’adolescence ou à l’âge adulte, ce dernier se sent perdu, par rapport à lui-même et par rapport à la société. Du coup, un seul rêve trône dans sa tête. Parti pour l’Hexagone, l’eldorado qui se trouve ailleurs. Pour moi, il n’a pas ses repères parce qu’il a raté son enfance.

Si le message dans la seconde vidéo, c’est laisser grandir correctement l’enfant africain, quel message comporte la première vidéo ?
La vidéo Miroir, c’est un regard. C’est tout un questionnement pour moi, sur la société de consommation, des relations humaines, des relations interculturelles et intercommunautaires. Ma petite expérience glanée lors de mes voyages dans des pays africains ou européens me fait penser qu’inexorablement, on court vers une société d’individualisme et de capitalisme qui fait qu’on ne porte l’attention à son prochain que par rapport à ce qu’il vaut ou par rapport à ce qu’il pourrait nous apporter. Finalement, même le regard que l’on porte sur soi même est tellement calculé. On n’a plus le temps d’organiser son temps, ni celui de regarder son temps ou de l’observer. Et dans cette vidéo, une scène de la vie au quotidien, des personnes qui œuvrent chacun à sa tâche, dans un point d’eau. Un bonhomme qui lave son linge, des enfants qui jouent, une dame qui se gratte. J’ai pris les éléments les plus basiques de la vie, qui finalement annulent ce côté matériel, intérêt. Dans cette vidéo, j’interroge ce rapport interpersonnel et intra-personnel, qui voudrait qu’à un moment donné, s’il y avait possibilité, je décrocherai le monde pour le laver un peu comme les vêtements lavés au point d’eau, le rincer et le raccrocher. Afin que tout le monde soit dans une gaieté.

Que représentent pour vous, les prix remportés à Dakar ?
Sur le plan culturel, je reprendrai un aîné et collègue, Goddy Leye. Il rappelait récemment, que je suis le troisième Camerounais à remporter un prix à la biennale de Dakar. Sur le plan artistique, c’est la preuve de la qualité du travail qui se révèle sur le plan national et international. Ce sont des signes qui présentent la bonne santé de la scène artistique camerounaise. C’est aussi une reconnaissance du travail du jeune plasticien que je suis. J’ai commencé dans ce métier en 1997. Si en 2006, je me retrouve à la biennale de Dakar et en plus je remporte deux prix, cela veut dire qu’il y a du travail qui est fait et qui doit être continué.

Vous avez gagné un prix qui vous permet d’avoir une résidence d’artiste d’un mois. Avez-vous déjà un projet sur lequel vous comptez travailler durant ce temps ?
En terme de projet, je conçois sans cesse. Chaque fois que l’occasion se présente, je vais voir dans mes tiroirs et je choisis un qui va se réaliser. Pendant ce mois, je vais faire un travail de réflexion sur ma propre démarche artistique. En terme de production, je vais travailler en photographie et en vidéo.

Un groupe de peintres camerounais se trouvait à Dakar pour la biennale. Les avez-vous rencontrés durant ce séjour et quelles ont été vos difficultés ?
Joël Mpah Dooh et Emile Youmbi ont exposé en off. Un autre groupe de Camerounais devait arriver à Dakar juste la veille de l’ouverture le 5 mai. Mais à la frontière entre le Mali et le Sénégal, il a été bloqué pour des questions de visas. Finalement, ils n’ont pas pu arriver à temps pour trouver une place et exposer. Mais tout s’est bien passé.

Par Entretien mené par V.N.
Le 13-06-2006

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