Ambroise Meyong quitte la scène


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L’auteur de “ la première fois ”, l’album qui a fait vibrer de nombreux mélomanes en 1997, n’est plus. Meyong Ambroise s’est éteint en fin de la matinée de jeudi, 15 juin suite à un traumatisme consécutif à un choc brutal dont l’artiste aurait été la victime dans un cabaret de la place quelques jours plus tôt. Il se murmure que Meyong Ambroise avait, au cours d’une soirée dans ledit cabaret, glissé d’une chaise et s’était fracassé le crâne contre le sol. Faute des moyens financiers conséquents pour supporter les frais médicaux, il n’a pas survécu. Agé de 56 ans, Meyong Ambroise quitte définitivement la scène artistique, après 34 ans d’une carrière musicale riche et très dense.
Meyong Ambroise savait chanter l’amour sous toutes ses formes et dans tous ses états. Il avait l’art de se dérober de la grivoiserie, de même qu’il excellait dans l’usage des deux instruments de base du bikutsi des “ beti-be nanga ”: les paraboles et les proverbes. Son rythme, bâti sur la danse “ pirogue ”, était l’expression d’une métaphore qui donnait à voir la gestuelle des pagayeurs, autant qu’elle consacrait une révolution dans la symphonie du Bikutsi. Tout en se démarquant par un élément nouveau dans des rythmes comme : le “ pédale ” et la “ danse des canards ”, l’artiste dont le timbre vocal était irrésistible, avait réussi par une harmonie irréprochable entre les textes et les instruments, à se singulariser sur le marché discographique, par un album d’une rare originalité. Une écoute de chacune de ses chansons, était un régal qui permettait de déguster des mélodies langoureuses, envoûtantes et superbement mixées.
Du haut de sa célébrité légendaire, grâce à son magnifique jeu de guitare, la rime impeccable, une voix fluette et suave, on voyait bien comment Meyong Ambroise se sentait dans la peau d’un vétéran dont la crédibilité et l’expertise attestaient que le vieux briscard avait roulé sa bosse dans tous les grands groupes de bikutsi du pays, avant de créer un rythme musical endiablant dénommé “ la danse pirogue ”. De l’orchestre Les grands esprits avec Elanga Maurice en passant par l’orchestre des Titans de Clément Ndo jusqu’aux Vétérans, l’avenir était bien tracé pour le jeune Ambroise Meyong, qui débutait une carrière mi-figue mi-raisin à Akonolinga. Tromboniste dans des orchestres scolaires au départ, il sera ensuite piqué par le virus de la guitare Bass. La maîtrise de cet instrument, ajoutée aux qualités appréciables de ses cordes vocales le portent à la consécration, qu’il atteint avec le groupe les Vétérans. Excellent parolier et bassiste émérite, Meyong Ambroise plane pendant plus de sept années au sommet de la gloire. Une maladie le clouera au lit pendant cinq ans. Rétabli, en 1993, il entame une autre expérience musicale avec Les Zombis de la capitale.
Très perfectionniste dans son travail, il confiait en 1996, que “ le bikutsi actuel est en train de perdre le centre et le sud. Il est très léger par rapport à ce que nous faisions dans les “ Vétérans ”. Les jeunes ne travaillent plus, on ne voit pas la finesse qui parfumait nos chansons à l’époque. A les écouter chanter, il n’y a pas d’histoire ficelée qui donne matière à réflexion. Voilà pourquoi j’ai décidé de revenir relever le Bikutsi ; en vue de lui redonner sa valeur, son esthétique et ses marques d’autrefois ” affirmait-il, pour justifier son retour sur l’avant scène, au détour d’un fabuleux album en solo enrobé d’un bikutsi revu et corrigé. Sans crier gare, l’artiste s’en est allé, sans donner vie aux nombreux défis qu’il s’imposait.  

Par Souley ONOHIOLO

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