Richard Epéssè : Les Camerounais ont déjà l’oreille musicale


Le bassiste camerounais parle de son changement de statut et de son premier album.
Propos recueillis par Marion Obam

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La dernière fois que vous vous êtes produit en spectacle au Cameroun, c’était il y a trois ans, qu’avez-vous ressenti le 28 juin 2007 au cinéma le Wouri ?
L’émotion était très grande. C’est vrai que la dernière fois que j’étais venu, c’était pour la célébration des 9 ans du décès de Eboa Lotin. C’est lors de ce voyage que j’ai rencontré Sylvain Nkom, qui m’a parlé du projet Universal Fiesta. Mais, au préalable, j’avais fait un passage en direct à la télévision dans une émission qui se faisait en direct du Byblos night club. Le spectacle anniversaire de jeudi dernier a été un moment fort, car il rassemblait des amis proche de la diaspora et des artistes musiciens au talent affirmé sur le plan national et international. C’était une énorme joie de retrouver le public camerounais et de découvrir qu’il y a eu une évolution au niveau des mentalités. Je pense que les gens ont une réelle volonté de faire changer les choses et nous, artistes, avons besoin de ça car nous passons déjà beaucoup de temps à courir, à arranger et à prester en concert à travers le monde.

Pouvez-vous nous présenter votre album dont trois extraits ont été joués lors du spectacle ?
L’album a 13 titres. Je ne suis pas encore décidé entre Mponda et Thank you. J’ai présenté lors du spectacle deux chansons qui vont figurer dans cet opus. "La fille de Djéballé", qui est une chanson inspirée par la personnalité artistique de Eboa Lotin. J’ai travaillé avec lui en co-écriture pour que cette chanson figure dans son album, mais la mort l’a fauché avant. Puis, il y a eu "A Ndomè", qui a été adopté immédiatement par le public. C’est un album qui sera disponible avant la fin de l’année. Il est très éclectique et englobe toutes les richesses culturelles de mon parcours. J’essaye de faire un mélange des rythmes du pays avec des influences occidentales, jazzie et classique, pour donner un goût où tout le monde peut se retrouver. Je n’ai pas peur de l’accueil qui sera réservé à mon travail qui a connu la participation de Justin Bowen et Rosalie Mengue car, aujourd’hui, les Camerounais commencent à avoir l’oreille musicale. Ils savent reconnaître le "dum dum dum" de la vraie musique. Ce déclic est arrivé avec Henri Dikonguè, qui a démontré qu’on pouvait aussi faire de la world music alors qu’on était encore fermé au makossa, au ndombolo, etc.

Comment avez-vous obtenu une telle maturité de votre jeu de basse ?
Au prix de beaucoup d’efforts et de travail. J’ai une formation classique de musicien africain, un peu autodidacte. Mon aventure avec la guitare commence le jour où ma mère m’amène voir Toto Guillaume et Vicky Edimo en concert. J’étais très impressionné de voir une guitare debout, je n’avais pas vu qu’elle était sur un stand. Et Vicky Edimo est arrivé, l’a prise et il a impressionné toute la salle. Je l’ai trouvé très spectaculaire. Ce fut le déclic jusqu’aujourd’hui. Après, il y a les concerts scolaires, Tokoto Ashanti et l’événementiel. J’ai fais mes classes dans les coulisses de l’hôtel Ibis de 1990 à 1995. Puis je vais en Europe où je commence à travailler avec Papa Wemba, Manu Dibango, etc. Et Amobé Mévegué me propose de faire un passage à l’Afnac. Et là, je me suis dit qu’il faut passer de l’arrière scène pour le devant. Donc composer pour devenir artiste musicien. Mais ce n’est pas évident de changer de statut sur scène, cela entraîne une concentration plus importante et une gestion de tous les musiciens présents pour qu’ils s’accordent.
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